Overblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

texte 2 : extrait de l'Illusion comique, Corneille

Publié le

En quoi ce passage de l’Illusion Comique constitue-t-il une réécriture du type du soldat fanfaron ?

I.Reprise des caractéristiques du personnages antique

1.Un soldat qui se vante

Matamore apparaît comme un héritier du personnage de Pyrgopolinice

-recours aux hyperboles : « le seul bruit de mon nom renverse les murailles, défait les escadrons et gagne les batailles » NB emploi du présent de vérité générale, emploi abusif

V30 accumulation de verbes agressifs et exagérés : massacre ; détruit ; brise ; brûle ; extermine

Se croit l’égal d’un dieu (fait preuve d’hybris) cf son allusion à la maîtrise du destin « d’un seul commandement que je fais aux trois Parques,/Je dépeuple l’Etat des plus heureux monarques ; le foudre est mon canon, les Destins mes soldats » foudre = attribut de Jupiter

Se considère comme « un second Mars »

Menace exagérée : « je vais t’assassiner d’un seul de mes regards »

-emploi du même registre épique (parfois les mêmes images que chez Plaute) : « d’un souffle je réduis leurs projets en fumée », « mettre en poudre » (// hachis d’ennemis), récurrence du voca héroïque guerrier» (v.3), «lauriers»(v.4), «renommée» (v.9), «armée» (v.10, v. 22), «batailles» (v.14), «fureurs» ; + personnification du « courage »

2.Un valet qui le conforte dans ses illusions

Corneille reprend également l’idée d’un valet qui flatte son maître pour échapper à son courroux

R1 Clindor essaie de dissuader Matamore de se lancer dans une nouvelle guerre tout en le flattant : cf « tant de beaux faits, abattre des guerriers, qqs nouveaux lauriers » + r3 « votre renommée »

R3 reprise de la maladresse du valet : Clindor en demandant à M quand il pourra rassembler son armée le vexe car M se considère comme un héros, capable seul, de terrasser ses ennemis

Dernière réplique de Clindor montre bien la surenchère dans la flatterie, et par conséquent hypocrite : « tout vous est possible » + antithèse « beau » / « terrible »

II.Un personnage néanmoins plus complexe

1.Un double visage guerrier/amant

Matamore apparaît tout d’abord comme un féroce guerrier :

-l’extrait s’ouvre sur ses rêves de conquête où il hésite sur le choix de son adversaire : « Du grand Sophi de Perse, ou bien du grand Mogor » + champ lexical du combat escadrons batailles arme canon soldats etc

-mais la deuxième réplique donne aussi à voir un autre aspect de la personnalité de Matamore comme le montre le champ lexical de l’amour : « ma maîtresse », « amour » + périphrase pour désigner Cupidon « ce petit archer qui dompte tous les Dieux » + métonymie pour évoquer la femme dont il est amoureux « au bel œil qui tient ma liberté »

-la cohabitation des deux aspects du personnage est sensible dans sa dernière réplique : antithèses « J’épouvante / je charme » ; « je remplis / Les hommes de terreur, / et les femmes d’amour »

2.Un changement d’humeur non crédible (qui renforce le ridicule du personnage)

Or, les sentiments amoureux du personnage ne l’humanisent pas. Au contraire, ils renforcent son ridicule. En effet, le passage de son humeur belliqueuse à son tempérament amoureux est beaucoup trop rapide pour être crédible. C’est au sein d’une même réplique (tirade), des vers 25 à 32, que le changement s’opère en Matamore. Alors qu’il menaçait de tuer Clindor pour l’avoir offusqué, le seul fait de penser à celle qu’il aime le transforme en bellâtre. De plus, il recourt à tous les stéréotypes du langage amoureux (périphrase, métonymie, métaphore « vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux »). Hyperbole de la ligne 32 avec la restriction « je ne suis plus qu’amour, que grâce, que beauté »

3.Un personnage qui joue un rôle

-Matamore se donne en spectacle : cf tirade belliqueuse avec question rhétorique, exclamatives insultantes ; même quand il endosse le rôle de l’amant, il continue à s’exhiber cf le verbe « regarde » auquel répond le « je vois » de Clindor qui feint d’admirer ce changement d’humeur, tel un spectateur indulgent

-un personnage qui se berce d’illusions : cf le verbe « rêve » et « songe » qui peuvent avoir le sens de « penser à » mais qui peut aussi signifier qu’il imagine des choses qui ne sont pas réels. Or, Matamore ne s’en rend pas compte et il est pris à son propre jeu.

Ccl : dans l’Illusion comique, Corneille a repris un personnage-type en intégrant le personnage de Matamore. En effet, il a repris plusieurs caractéristiques du personnage de Pyrgopolinice. Toutefois, il a aussi complexifié le personnage en insistant sur sa facette amoureuse qui le rend encore plus ridicule. Enfin, c’est surtout le fait que Matamore se laisse prendre à son propre jeu et croit être vraiment celui qu'il prétend être qui achève de dresser un portait comique du personnage.

Commenter cet article