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texte bac ES Discours Victor Hugo

Publié le

Introduction : Si VH est connu pour ses romans au succès populaire comme Notre-Dame de Paris ou Les Misérables, il ne faut pas oublier que c’était un homme également très investi politiquement, soit par le biais d’œuvre engagée (Le Dernier jour d’un condamné , Claude Gueux, deux romans dénonçant la peinte capitale), soit par le biais de ses discours en tant que député ou sénateur. Il a ainsi prononcé un célèbre Discours sur la misère. Quant au texte que nous allons étudier, il s’agit d’un passage du discours prononcé à l’Assemblée nationale durant la discussion sur le projet de loi sur l’enseignement. VH y exprime sa vision de l’enseignement tel qu’il devrait être en France à son époque.

Comment l’auteur met-il sa qualité oratoire au service d’une défense d’un enseignement obligatoire, gratuit et équitable ?

I.Un plaidoyer persuasif pour faire adopter son idéal d’enseignement

1.Des principes clairement énoncés

Annonce concise de son idéal sous la forme de plusieurs phrases nominales à rythme binaire : « l'instruction gratuite et obligatoire » / « Obligatoire au premier degré, gratuite à tous les degrés. » avec gradation dans la seconde puisque l’obligation ne concernerait que le primaire et la gratuité serait applicable à tous les niveaux.

Conception nouvelle : VH considère le droit de l’enfant comme supérieur à celui de l’adulte : cf comparatif de supériorité « est plus sacré encore que le droit du père et qui se confond avec le droit de 1'État » : la fin de la phrase montre que l’auteur considère que les enfants français sont l’avenir de la République et qu’il faut donc se consacrer à leur éducation.

2.Un enseignement universellement accessible

VH va d’abord insister sur la nécessité d’un enseignement accessible partout dans le pays et à toutes les classes sociales. Pour cela, il va utiliser de nombreuses images destinées à marquer l’esprit de son auditoire et à le persuader de la justesse de la cause défendue.

-il insiste sur l’organisation hiérarchique de cet enseignement : l’adjectif « immense » témoigne de l’ampleur du projet puis l’énumération permet d’exposer les différentes ramifications de cet enseignement : l’Etat en haut de la pyramide, à la base l’école de village qui permettra d’accéder à des niveaux supérieurs (Collège de France, Institut de France)

-volonté d’un enseignement universel (cad accessible à toutes les classes de la société) : « Les portes de la science toutes grandes ouvertes à toutes les intelligences » : la répétition de « toutes » insiste sur la nécessité de permettre à chacun d’accéder au savoir

Le parallélisme de construction « partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit » suivi de l’injonction « qu’il y ait un livre » renforce cette idée d’une culture à la portée de tous.

Le parallélisme de construction avec rythme ternaire : . Pas une commune sans une école, pas une ville sans un collège, pas un chef-lieu sans une faculté. » souligne l’importance de multiplier les lieux d’enseignement : en fonction de la superficie géographique, le type d’établissement est différent : gradation ascendante commune = école / ville = collège / chef-lieu = faculté.

Utilise la métaphore du réseau pour défendre son idée selon laquelle les dispositifs d’enseignement doivent quadriller le pays : « Un vaste ensemble, ou, pour mieux dire, un vaste réseau d'ateliers intellectuels, lycées, gymnases, collèges, chaires, bibliothèques, mêlant leur rayonnement sur la surface du pays, éveillant partout les aptitudes et échauffant partout les vocations » = répétition de l’adj « vaste », énumération des différentes structures éducatives (ateliers intellectuels, lycées,…), compléments circonstanciels de lieu montrant que tout le territoire doit bénéficier d’une instruction « sur la surface du pays », « partout ». Champ lexical de la lumière connotée positivement et qui symbolise le développement de l’intelligence : « rayonnement », « éveillant », « échauffant».

Utilise ensuite la métaphore de l’échelle : « en un mot, l'échelle de la connaissance humaine dressée fermement par la main de l'État, posée dans l'ombre des masses les plus profondes et les plus obscures, et aboutissant à la lumière. » : l’enseignement doit permettre de diffuser le savoir dans toute la société française ; l’Etat doit soutenir l’enseignement (« fermement par la main de l’Etat) pour élever le peuple (dans l’ombre des masses les plus profondes et les plus obscures = qualification péjorative, insistant sur l’ignorance du peuple à laquelle VH veut mettre fin)

La phrase suivante « le cœur du peuple mis en communication avec le cerveau de la France » à nouveau nominale témoigne d’une sorte de manichéisme hugolien : le peuple serait le siège des sentiments (cœur) et les hautes classes de la société seraient l’intellect du pays (cerveau de la France) : sa volonté serait d’unir ces deux composantes.

à objectif de cohésion sociale : l’éducation permettrait plus d’égalité et plus de compréhension entre les classes sociales

3.La nécessité de la liberté d’enseignement

Ajoute un volet supplémentaire à son idéal d’enseignement : la liberté d’enseignement

Rythme ternaire où il énonce d’abord ce nouveau principe puis le développe : « la liberté d'enseignement pour les instituteurs privés, la liberté d'enseignement pour les corporations religieuses » : jusque là c’était l’Etat qui contrôlait l’enseignement privé ou assuré par des organismes religieux ; VH s’oppose à cela

Enumération pour qualifier cette liberté d’enseignement : 3 adjectifs synonymes (pleine, entière, absolue) + 1 condition « soumise aux lois générales comme toutes les libertés » : il rappelle ainsi que liberté ne signifie pas licence, droit de faire n’importe quoi

VH s’oppose à un contrôle de l’enseignement privé et religieux par le gouvernement : « , et je n'aurais pas besoin de lui donner le pouvoir inquiet de l'État pour surveillant ». Mais cette absence de contrôle ne signifie pas que VH encourage cet enseignement privé et religieux. Au contraire, il est persuadé que l’enseignement public, laïc et gratuit proposé par le pouvoir politique suffira à faire contrepoids, à attirer un nombre supérieur d’élèves que l’enseignement privé

Concession : VH reconnaît que son objectif est pour l’instant du domaine de l’irréalisable, et notamment pour des raisons économiques : « car la solution du problème contient une question financière considérable »

Ainsi, au moment où il parle, il pense que ce qui peut être réalisé, ce n’est pas la gratuité mais la liberté d’enseignement. Il martèle alors une de ses priorités : la nécessité d’un Etat laïc et donc la nécessité de la séparation des pouvoirs politiques et religieux.

Citation d’un exemple d’autorité : avec tournure méliorative « L’honorable M.Guizot » = référence à la loi Guizot promulguée le 28 juin 1833 et qui concerne l’instruction en primaire : elle affirmait que tout individu ayant au minimum 18 ans et détenant un brevet de capacité pouvait enseigner en primaire. Elle mettait également en place des instituts de formation des enseignants (écoles normales)

La surveillance de la liberté d’enseignement doit dépendre de l’Etat mais ceux qui s’en chargeront ne feront pas partie du gouvernement et n’auront pas forcément la même étiquette politique que le gouvernement afin d’éviter tout conflit d’intérêts : « pour personnifier l'État dans cette surveillance si délicate et si difficile, qui exige le concours de toutes les forces vives du pays, que des hommes appartenant sans doute aux carrières les plus graves mais n'ayant aucun intérêt, soit de conscience, soit de politique, distinct de l'unité nationale. ».

De même, il ne faudra pas que des hommes assumant une fonction religieuse participent à ce conseil chargé de contrôler la liberté d’enseignement : « ni évêques, ni délégués d’évêques »

Rappel de la nécessité de séparation des pouvoirs : » J’entends maintenir, quant à moi, et au besoin faire plus profonde que jamais, cette antique et salutaire séparation de l’Église et de l’État, qui était la sagesse de nos pères, et cela dans l’intérêt de l’Église comme dans l’intérêt de l’État. » = emploi de termes mélioratifs « salutaire » « sagesse », il rappelle l’origine lointaine de cette séparation pour en justifier le fondement (« antique », « de nos pères ») et enfin grâce à un parallélisme de construction, il insiste sur le fait que cette distinction à des conséquences positives pour les deux parties : « dans l’intérêt de l’Eglise comme dans l’intérêt de l’Etat ».

II.Un réquisitoire à la fois violent et nuancé

1.Une proclamation virulente contre le parti clérical

Réquisitoire : annonce qu’il passe à la deuxième partie de son développement : « Je viens de vous dire ce que je voudrais ; maintenant, voici ce que je ne veux pas »

Phrase courte et péremptoire : « je ne veux pas de la loi qu’on vous apporte » : Victor Hugo s’oppose au projet de loi adverse.

Question rhétorique : « Pourquoi ? » à laquelle il apporte immédiatement la réponse : avec apostrophe Messieurs et à nouveau phrase courte et à valeur de vérité générale : « cette loi est une arme ». Métaphore guerrière destinée à choquer l’opinion.

Fait durer le suspens sur la nature de l’adversaire, à savoir qui va manier la loi que rejette VH : emploi d’une métonymie « la main qui la saisit » + nouvelle question rhétorique avec suspens « là est toute la question » puis vient la réponse : la désignation directe de l’ennemi, l’argument ad hominem « Messieurs, c’est la main du parti clérical »

Rythme ternaire : « Messieurs, je redoute cette main ; je veux briser l’arme, je repousse le projet » (cause, volonté d’agir, action)

La virulence du propos est sensible aux phrases courtes qui s’enchaînent rapidement, à l’anaphore « Messieurs » qui ne laissent aucun répit à l’auditoire. Les réactions de ce dernier sont d’ailleurs significatives : les mouvements de la salle et ses exclamations témoignent de l’efficacité du réquisitoire de VH.

2.La nuance de son propos

Imagine ce que peuvent lui reprocher ses adversaires : ceux-ci peuvent penser qu’il veut interdire l’enseignement religieux.

VH volonté de s’expliquer pour qu’on ne transforme pas ses propos : « Jamais on, ne se méprendra, par ma faute, ni sur ce que je dis, ni sur ce que je pense. »

Il soutient qu’il ne veut pas l’interdire, qu’il est croyant et que plus l’homme prend de l’âge, plus il doit approfondir sa foi.

Ainsi, il ne s’agit pas pour VH de stigmatiser la religion, ni de faire preuve d’athéisme mais seulement de séparer politique et spirituel, enseignement et clergé.

I.Le discours d’un orateur de qualité

1.La composition : un discours organisé, méthodique

-un exorde efficace :1ère partie d’un discours qui sert à provoquer la curiosité de l’auditoire. En effet, l’auteur commence par interpeller l’Assemblée par le biais d’une apostrophe « Messieurs » (= les députés). Il rappelle le thème de son discours : « l’enseignement » (fin du 1er paragraphe) et souligne l’importance de ce sujet :

-emploi du superlatif « ce qu’il y a de plus sérieux dans les destinées du pays »

-pronom démonstratif + adjectif antéposé : « cette grave question de l’enseignement »

Il annonce également l’urgence de traiter ce problème à travers une phrase injonctive : « Il faut aller tout de suite et sans hésiter, au fond de la question ».

L’auteur présente la façon dont va s’organiser son discours : « Je commence par dire ce que je voudrais, je dirai tout à l'heure ce que je ne veux pas. ». Ainsi, ses propos vont prendre la forme d’une thèse où VH va formuler son idéal en matière d’enseignement et d’une antithèse où il va définir cet enseignement par la négative en rejetant les arguments adverses.

-du paragraphe 2 à 5 : l’auteur développe l’idéal qu’il vise à atteindre en matière d’enseignement.

-les paragraphes 6 et 7 : ce qu’il est possible de réaliser au moment de l’énonciation du discours

-le reste du texte : ce que l’auteur ne veut pas, cad une loi aux mains du parti clérical et qui servirait leurs intérêts

2.Un orateur qui implique son public

Etre conscient que ce texte est la retranscription d’un texte prononcé oralement. On remarque alors la capacité oratoire de V.H qui déploie plusieurs ressources pour susciter l’intérêt de son auditoire.

-les apostrophes aux députés : -interpellations : « Messieurs » (répété au moins 8 fois), utilisation du pronom « vous » pour s’adresser aux députés « je viens de vous dire »

-ce « vous » est parfois inséré dans des phrases injonctives « ne vous trompez pas »

-questions rhétoriques : « pourquoi », « entendez-vous bien ? »

-emploi du « nous » pour créer une complicité : « nous ne sommes pas près d’y atteindre »

-les reprises propres à l’oral

Oralité perceptible par les nombreuses reprises effectuées par l’orateur (cf le voici fois deux, répétition du mot « idéal », façon d’insister sur ce qui est important) en raison des interruptions causées par les réactions de l’Assemblée. Celles-ci sont signalées dans la retranscription du discours entre parenthèses et en italique, comme des didascalies au théâtre. Elles mettent souvent en valeur les réactions positives des députés de gauche : « (Très bien ! Très bien !) », « (Applaudissements à gauche) » etc

Reprise sous forme synthétique et énumérative de ce qu’il vient de dire afin de marquer les esprits :

à côté de cette magnifique instruction gratuite, sollicitant les esprits de tout ordre, offerte par l'État, donnant à tous, pour rien, les meilleurs maîtres et les meilleures méthodes, modèle de science, et de discipline, normale, française, chrétienne, libérale, qui élèverait, sans nul doute, le génie national à sa plus haute somme d'intensité

= reprise de l’idée de gratuité, emploi de termes mélioratifs « magnifique », « meilleurs » renforcé par le rythme binaire, « modèle » « génie », superlatif « sa plus haute somme d’intensité »

Formule comme « je le répète »

3.Un orateur engagé

-l’emploi du « je » : le pronom « je » martèle le texte régulièrement soit sous la forme de pronom personnel sujet, soit sous la forme du pronom personnel objet : « pour moi ». De plus, il est souvent suivi de verbes de volonté, comme vouloir (« voudrais », « veux », « ne veux pas ») ou d’action (je placerais, je lui donnerais, je repousse,…)

-l’emploi du « on » pour désigner l’adversaire : : ex « on nous dit » suivi d’un discours direct donnant la parole à l’objection des ennemis : « Vous excluez le clergé du conseil de surveillance de l'État ; vous voulez donc proscrire l'enseignement religieux ? »

Il crée ainsi une impression de dialogue, en imaginant les contre-arguments qu’on lui opposerait. Cela lui permet de se justifier et de clarifier son propos, sa thèse : « Messieurs, je m'explique. Jamais on, ne se méprendra, par ma faute, ni sur ce que je dis, ni sur ce que je pense. »

Pour conclure, ce discours prononcé par VH à l’occasion de la discussion sur la loi Falloux est redoutable d’efficacité. Organisé de façon méthodique, ce texte est prononcé avec une force persuasive relayée par divers procédés maîtrisés par l’auteur : apostrophes, répétitions, métaphores, phrases percutantes sont mise au service de la cause défendue pour mettre les députés de son côté. Alternant plaidoyer et réquisitoire, VH veut imposer la nécessité d’un enseignement gratuit, obligatoire et laïque. Les réactions enthousiastes de l’Assemblée témoignent de la portée de ce discours.

Ouvrir sur les lois de Jules Ferry qui ont mis en application les idéaux revendiqués par VH (cf chronologie distribuée en classe)

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